Éducation positive ou démission éducative ?

Je n’ai plus honte de le dire… J’ai perdu des amitiés à la suite de conflits de valeurs. Et non, on ne s’est pas crêpées le chignon pour une paire de talons à paillettes ou pour un mec, mais bien au sujet de l’éducation. On m’avait prévenue plus jeune : l’argent, la politique et l’éducation des enfants sont trois facteurs qui peuvent tout fiche en l’air dans une relation, qu’elle soit amoureuse, familiale ou amicale. Et j’en ai fait les frais à l’âge adulte. Donc, je confirme. Que les choses soient bien claires : nous avons tous le droit d’éduquer nos enfants à notre manière, sans avoir à justifier chacun de nos choix. Mais lorsque l’éducation en question s’accompagne d’un manque de civisme, de respect et de savoir-vivre, je considère que nous sommes en droit de nous poser quelques questions. Parce que non, nous ne parlons pas simplement de quelques « bonjours » et « merci » qui se perdraient dans le brouhaha d’un quotidien trépidant. Je parle d’un ensemble de comportements qui, mis bout à bout, finissent par me faire sérieusement tiquer. Je m’explique. « Bonjour Pierrot ! Ça a été à l’école aujourd’hui ? » … Silence absolu. Moue en prime. Et sa maman qui fait semblant de rien ou qui ose combler le blanc par un : « S’il n’a pas envie, il n’a pas à se forcer. Aujourd’hui, il n’a pas trop envie, donc je laisse… » Malheureusement, Pierrot, du haut de ses neuf ans, ne semble jamais avoir envie de sourire ou de dire bonjour. Et cela fait plusieurs années que ça dure. Je ne suis pourtant pas un grand méchant loup en jupe. Je suis la très bonne amie de sa maman, celle que tu connais depuis toujours. Celle qui a changé ta couche, donné le biberon, joué avec toi dans un bac à sable public peu sanitaire — il y avait plus de crottes félines que de grains de sable —, offert une avalanche de cadeaux… et j’en passe. Depuis quand est-ce qu’un bonjour et un merci coûtent un bras ? Depuis que Montessori est monté sur le trône ? Attention, je n’ai rien contre la pédagogie Montessori ni contre le respect du rythme de l’enfant. Et je ne suis certainement pas partisane d’une éducation autoritaire dans laquelle l’enfant doit obéir aveuglément à l’adulte. Je ne veux pas élever des robots en chair et en os, ni perpétuer ce maudit people-pleasing qui pousse tant d’adultes à s’oublier pour satisfaire les autres. Mais il y a des limites. Apprendre à un enfant à être poli ne signifie pas lui apprendre à se soumettre. Lui apprendre à respecter les autres ne signifie pas lui apprendre à s’oublier. Il y a aussi ces moments où nos conversations sont interrompues par des cris, des râles de cerf immature et des attitudes pour le moins déplaisantes… Tout ça parce que l’enfant en question ne supporte pas de partager l’attention. « Tu comprends, c’est dur pour lui d’attendre, de me partager. Il aime qu’on soit connectés. » Gloups. Non, Gladys. Il aime être le centre de l’attention, le chef, le boss. Et ce n’est pas tout à fait la même chose. Si j’avais su, je n’aurais peut-être pas perdu mon temps ni mon argent pour assister à ce one-man-show qui me fait rire jaune. Sans oublier les comportements qui finissent par agacer jusqu’aux tables d’à côté : l’enfant qui décide du menu, de l’endroit où poser ses fesses, de la boisson, de la durée de notre conversation… Quand c’est le cas, Mireille parle aussitôt de « caractère trempé ». Ah. Mais depuis quand apprendre à vivre avec les autres est-il devenu une atteinte à sa liberté individuelle ? Moi, je préfère appeler ça un manque de limites. Et parfois, oui, un enfant pourri gâté. Parce qu’un caractère affirmé, c’est une chose. Considérer que ses propres envies doivent systématiquement passer avant celles de tout le monde, c’en est une autre. Et si j’en parle avec autant de conviction, c’est aussi parce que je suis moi-même maman. J’élève Soraya avec des valeurs que je m’efforce de lui transmettre au quotidien : le respect des autres, la politesse, le civisme, la considération et la capacité à accepter la frustration. Pas pour en faire une petite fille docile qui dit oui à tout, sourit sur commande et ravale ses émotions pour faire plaisir aux adultes. Certainement pas ! Je veux qu’elle sache dire non, poser ses limites et exprimer son désaccord. Mais je veux aussi qu’elle comprenne que les autres ont exactement les mêmes droits. Lui apprendre à respecter les autres ne signifie pas lui apprendre à s’oublier. Et c’est précisément là que le bât blesse. Pourquoi devrait-elle attendre son tour quand d’autres peuvent interrompre une conversation sans que personne ne réagisse ? Pourquoi devrait-elle faire preuve de considération quand d’autres imposent leurs envies à tout le monde ? Comment lui expliquer que les règles du vivre-ensemble ne sont pas à géométrie variable ? Je ne prétends pas être une mère parfaite. Je fais des erreurs, je me remets en question et je réajuste. Mais j’essaie d’être cohérente entre les valeurs que j’inculque à ma fille et celles que je lui montre par mon propre comportement. Parce que oui, nos choix éducatifs façonnent aussi la manière dont nos enfants apprennent à vivre avec les autres. On peut accueillir les émotions d’un enfant sans cautionner tous ses comportements. Respecter son tempérament sans le laisser dicter sa loi. Entendre son « non » sans lui faire croire que celui des autres n’a aucune importance. Et surtout, lui apprendre qu’elle a le droit de prendre sa place sans prendre toute la place. La liberté individuelle ne dispense pas de la responsabilité collective. Alors non, je ne confonds pas éducation positive et laxisme, écoute et permissivité, respect de l’enfant et obligation pour son entourage de subir chacun de ses comportements. Accueillir les émotions d’un enfant, ce n’est pas lui donner les clés du royaume. L’aimer, ce

Quand la gentillesse se transforme en dû…

Il est déjà 19h, l’heure de fermeture du magasin. Il y a un monde fou et nous sommes tous encouragés à nous rendre aux caisses. C’est bientôt notre tour quand on voit une femme faisant des gestes dans tous les sens,… limite en panique totale.J’en informe la caissière qui me dit faire semblant de ne pas la voir. Au moment de terminer sa phrase, un bruit sourd nous coupe : la dame était en train de littéralement péter une durite contre les portes électriques restées fermées malgré ses simagrées ! Les autres caissières préfèrent elles aussi l’ignorer. Il est déjà 19h08 et vu le monde, elles ne sont pas prêtes à rentrer chez elles de sitôt. J’ai été caissière pendant plusieurs années lors de mes études universitaires et je compatis ô combien car les gens de ne se rendent pas compte. L’heure de fermeture c’est l’heure de fermeture, point (la) barre (de chocolat) !Soit. La “dame” commence tellement à se surexciter que le manager faibli et décide de lui ouvrir la porte. C’est là que la caissière avoue en avoir marre car c’est à chaque fois pareille : cette personne se pointe après l’heure de fermeture et si on ne lui ouvre pas, elle fait un caca nerveux et devient même agressive à l’égard du personnel. Mais comme on lui a toujours ouvert la porte en mode VIP, malgré la fermeture, elle s’y est habituée et ne respecte même plus le cadeau qui lui est donné. Une marque de gentillesse s’est très vite transformée en dû.Une belle leçon encore… L’humain s’habitue très vite. A l’amour. Aux petites attentions. Aux efforts silencieux. Aux exceptions. A la gentillesse, la présence, la disponibilité d’autrui. Et avant de s’en rendre compte, on cesse de les voir comme des présents. Ils deviennent la norme. L’habitude est (souvent) la plus grande voleuse de gratitude.Ce qui est né bénédiction se termine en attente. Ce qui était au départ un privilège devient littéralement un droit. La magie s’invisibilise. C’est peut-être pour cela que la vie décide de parfois retirer certaines choses… Non pas pour nous punir mais pour nous rappeler leur valeur… (et pour certain(e)s, leurs valeurs d’éducation !) 𝓢𝓽𝒆́𝓹𝓱𝓪𝓷𝓲𝒆 🐆

Elle a voulu le sauver mais a fini par se perdre…

Je déboule dans le couloir comme un hippo en tutu, cherchant péniblement la pièce en question. J’ai un rendez-vous et j’ai déjà l’estomac noué en découvrant l’intitulé : il s’agit d’une femme que j’ai accompagnée par le passé et qui était déjà dans une situation plus que délicate… Dans quel pétrin s’est-elle retrouvée ? Qu’a-t-il pu se passer depuis ? Je la pensais enfin “à l’abri” ?En arrivant dans la pièce, la psychologue et moi regardons nos montres : Azra est en retard et reste introuvable dans le centre. Quelques minutes plus tard, elle aussi déboule mais cette fois sans tutu, et sans costume d’hippopotame. Elle a préféré arborer un masque de clown poudré, tentant péniblement de dissimuler les ecchymoses sur son visage tuméfié. Seule l’étincelle de son caractère félin transparaît car elle reste fort méconnaissable. Deux années se sont écoulées depuis notre dernière entrevue… Azra avait pu dégoter un boulot en tant que caissière près de chez elle et même si ce poste n’était pas aussi glamour qu’elle l’aurait voulu, il lui offrait une stabilité qu’elle avait si désespérément cherchée dans les moindres recoins de son quartier. Issue d’une immigration forcée et rescapée des griffes de la prostitution, elle avait pu être “sauvée”.Elle a pu, en effet, se reconstruire au fil du temps et emménager dans un nouvel appart’ avec deux autres femmes, tout en suivant des cours d’esthétique en ligne. Son avenir semblait enfin plus ensoleillé… jusqu’au jour où la tornade – ou devrais-je dire ouragan – en aura décidé autrement. Son coeur a flanché pour un homme. Sa vie a basculé et l’étoffe de son destin s’est retrouvée entachée. En voulant aider l’homme qu’elle aimait, elle avait fini par filer du mauvais coton, et s’est retrouvée malgré elle dans le réseau qui l’avait dépossédée : le proxénétisme. Les questions fusaient : “Comment a-t-elle pu sombrer si vite, si facilement ?”, “Pourquoi être restée malgré la toxicité, la violence… le retour en arrière évident ?”… Azra, comme beaucoup de femmes, est un livre épais aux multiples chapitres. Ses choix amoureux ne sont pas que symptomatiques d’une blessure avec le père, elle est la preuve vivante qu’une femme empathe et hypersensible est capable de faire et de donner : A savoir… TOUT. Corps et âme. Façon “quitte à tout prendre, raflez tout !”. Dès la première gifle, dès les premiers signes d’un amour étouffant et possessif… elle a su. Elle a reconnu le pattern mais l’idée de rompre avec lui était plus violente que de rester à ses côtés. Si elle le quittait, il sombrerait. Il sortait de prison, n’avait pas de revenus stables… l’idée de partir était comme abandonner son enfant. Une déchirure du myocarde et elle ne s’en sentait pas capable. Une femme empathe sait. Mieux que quiconque… Mais ce qui l’oblige en quelque sorte à rester est justement ce ressenti plus profond, celui qui lui empêche de se choisir en premier… Jusqu’au jour où la vie ne lui laisse pas d’autre choix que d’ouvrir les yeux.Pas parce qu’elle manque de jugeote, d’intelligence.Pas parce qu’elle n’avait pas vu les signes.Pas parce qu’elle était faible. Mais parce qu’à force de vouloir sauver quelqu’un, elle avait fini par se perdre elle-même. Et peut-être que c’est là que réside le paradoxe de l’empathie : ressentir si profondément la souffrance de l’autre qu’on finit par confondre aimer avec porter. Azra savait qu’il fallait partir…Son corps le savait. Son instinct, aussi. Quelque part, derrière les ecchymoses et le masque de clown, la femme-fauve le savait depuis le début. Mais savoir ne suffit pas toujours. Il faut parfois toucher le fond de son propre renoncement pour comprendre que se choisir n’est pas abandonner l’autre. C’est enfin cesser de s’abandonner soi-m’aime… Par le feu du cœur (sacré), souviens-toi de qui tu es… 𝓢𝓽𝒆́𝓹𝓱𝓪𝓷𝓲𝒆 🐆